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mardi 8 février 2011

Économie a Djerba

L’économie de Djerba est traditionnellement « mixte, fondée sur la complémentarité des ressources du sol, de la mer et de l’artisanat [...] l’agriculteur peut être pêcheur ou artisan une partie de l’année »175 voire de la journée tout en étant commerçant176. Toutefois, le Djerbien est avant tout un commerçant prêt à quitter son île natale pour mener son activité commerciale. En effet, dès les années 1940, les commerçants djerbiens installés sur l’île ne représentent que 4 % de l’ensemble des négociants djerbiens. René Stablo indique que parmi les « 6 444 musulmans se livrant au commerce, 6 198, soit 96 %, tiennent boutique dans le bassin méditerranéen depuis le littoral atlantique jusqu’aux rives du Bosphore [...] Ils sont épiciers, merciers, marchands de tissus, de couvertures, de chéchias, de poteries, cafetiers, coiffeurs, etc. »177. En 1961, on a estimé à 1 067 412 dinars tunisiens l’apport des Djerbiens vivant hors de l’île, soit 42 % de l’ensemble de la valeur des productions et services djerbiens, l’agriculture en représentant 17 %9. En 1998, on estime l’apport des Djerbiens vivant à l’étranger à entre 20 et 25 millions de dinars par an178 alors que les ressources dérivées de l’agriculture ne représentent plus qu’entre 2 et 4 % des ressources globales de l’île comparées aux ressources des activités touristiques qui se montent à 20 fois plus
Tourisme
 Djerba dispose d’une vingtaine de kilomètres de plages sablonneuses, situées surtout à l’extrémité orientale de l’île8, qui ont poussé Gustave Flaubert à surnommer Djerba « l’île aux Sables d’Or ». Les plus belles plages se trouvent au nord-est (Sidi Hacchani, Sidi Mahrez et Sidi Bakkour), à l’est (entre Sidi Garrous et Aghir), au sud (près de Guellala) et à l’ouest (Sidi Jmour)179. Jusqu’au début des années 1950, celles-ci ne sont fréquentées que durant les visites (ziara)180 que les habitants rendent aux marabouts181. Toutefois, avec l’arrivée du Club Méditerranée en 1954 et le développement du tourisme dès les années 1960 (construction du premier hôtel important en 19618), ces plages sont de plus en plus fréquentées. L’État tunisien est alors l’acteur principal par ses investissements comme par les avantages fiscaux et financiers consentis aux établissements touristiques46 qui sont pour la plupart construits sur la côte orientale de l’île.

Vers 1975, l’activité touristique prend des proportions insoupçonnables à l’origine43 et, dans les années 1980, le tourisme prend véritablement son essor pour devenir la principale activité économique de l’île. Les espaces permettent la construction de grandes unités hôtelières dont le taux d’occupation moyen atteint 68 % en 1999, ce taux situant Djerba en seconde position parmi les sites touristiques tunisiens46.


En 2009, le parc hôtelier offre 49 147 lits pour neuf millions de nuitées (8 300 lits en 1975, 14 409 en 1987 et 39 000 en 2002), répartis dans 135 hôtels (contre 48 en 19878) ; le taux de fidélité des clients (ceux qui y séjournent à plusieurs reprises) avoisine 45 %182. Le secteur emploie quelques 76 000 personnes182, soit trois fois plus qu’en 1987, même si le nombre d’emplois directs ne correspond qu’à quelques 15 000 postes de travail souvent précaires car saisonniers46.


En 2005, la zone touristique s’étend sur plus de vingt kilomètres entre Aghir au sud et Houmt Souk au nord. Néanmoins, un grand nombre de lits n’est utilisé que durant l’été et le parc hôtelier vieillit, entraînant un tassement de la clientèle, notamment en raison des prix trop bas induits par la concurrence46. Pour maintenir et développer l’activité, les acteurs locaux sont favorables à un enrichissement de l’offre par la création d’activités nouvelles (terrain de golf, casino, musée, thalassothérapie ou encore parc d’attractions). Parmi les activités disponibles figurent le tennis ainsi que d’autres sports, tandis que plusieurs stations nautiques proposent ski nautique, motomarine, parachute ascensionnel ou simple pédalo. Un bowling a ouvert ses portes non loin du terrain de golf. Par ailleurs, une marina est en cours de construction et permettra aux bateaux de plaisance d’y stationner sans difficulté.


La présence de l’aéroport international de Djerba-Zarzis183 et d’infrastructures routières184,46 contribue à faire de Djerba un centre touristique important, générateur de croissance économique pour la région.
Agriculture

L’économie de l’île repose également sur l’agriculture et son climat permet la culture de nombreux oliviers, dont les familles d’agriculteurs récoltent les fruits en automne, de grenadiers, de palmiers-dattiers185, de figuiers, de pommiers, d’amandiers, de figuiers de Barbarie aux fruits épineux qui bordent les routes (souvent plantés sur les haies appelées tabias à titre de protection), de la vigne et de légumes et de certaines céréales. Les revenus des palmiers et oliviers représentant à eux seuls 64 % du total des productions agricoles. On recense en 1963, 497 000 oliviers, alors qu’il n’y en avait que 394 500 en 1929, mais aussi 52 000 oliviers sauvages ou zabbous186 qui, devenus à la mode, commencent à être arrachés pour être transplantés hors de l’île ; on trouve cependant encore des oliviers millénaires à Djerba173.


Au sein du menzel, la famille a en général un ou deux chiens de garde, un ou plusieurs chats qui se chargent de protéger le grenier contre les souris54, quelques poules pour les œufs et la viande et quelques chèvres et moutons pour le lait, le petit-lait (l’ban), le lait caillé (raieb), le fromage (rigouta et jebna), la viande, la laine ou les peaux. Elle a aussi un âne ou un mulet et éventuellement une charrette ainsi qu’un chameau pour le travail de la terre (labour et irrigation) et le transport des biens et marchandises ainsi que celui des humains. S’il en a les moyens, le Djerbien possède une senia, verger d’arbres fruitiers irrigué et clôturé mais ne comportant pas en général d’habitation. Mais le plus souvent, il possède un jnan, verger non irrigué, un potager et un champ pour produire ses propres céréales (blé dans les zones d’eau douce, orge, sorgho et lentilles sur le reste de l’île). La frawa est un autre type d’exploitation agricole plantée d’oliviers. Avant les années 1960, le Djerbien vivait souvent en autarcie presque totale et n’achetait au marché que le minimum nécessaire : sel, sucre, thé et café187, certaines épices et quelques autres articles.

Pour l’irrigation traditionnelle, c’est la canalisation dite seguia qui est utilisée : l’eau est déversée dans un grand bassin par un delou (outre en cuir) qui plonge dans le puits au moyen d’une corde tirée le plus souvent par un chameau188, la course en pente de l’animal correspondant à la profondeur du puits189 ; le champ est divisé en petits carrés (jadouel) délimités par des talus de sable ; de petites ouvertures y sont pratiquées pour laisser passer l’eau ruisselant de la seguia52. Une fois le jadouel plein d’eau, l’ouverture est refermée et l’eau dirigée vers le jadouel suivant.

L’eau souterraine est le plus souvent saumâtre et ne permet que certaines cultures (orge, sorgho et lentilles) et la fertilité des champs dépend aussi bien de l’ardeur au travail du propriétaire et de sa famille que de la qualité (niveau de salinité) des eaux d’irrigation. Les champs sont le plus souvent délimités à l’extérieur par de hautes levées de terre appelées (tabia) surmontées de cactus ou de figuier de Barbarie voire d’agave ou d’aloès. Elles servent certes à abriter les menzels des regards mais surtout à protéger les enclos contre l’érosion éolienne190.

Vers 1940, on comptait à Djerba 520 000 palmiers, 375 000 oliviers, 160 000 arbres fruitiers divers (pommiers, poiriers, figuiers, pêchers, orangers, citronniers, abricotiers, grenadiers, amandiers, etc.) et 650 000 pieds de vigne. Il n’existait pas de vrai pâturage et l’élevage était assez réduit191. En 1938, 31 % de la population adulte vivait des activités agricoles, cette proportion tombant à 25 % en 1956 puis 17 % en 1962192. Ce taux est encore plus bas de nos jours.

La culture sous serres en plastique et l’arrosage au goutte-à-goutte ont fait leur apparition de même que l’élevage de vaches laitières
Pêche

Djerba compte plusieurs petits ports de pêche193 dont ceux de Houmt Souk, Ajim (autrefois célèbre pour sa pêche d’éponges)169 — des pêcheurs grecs d’éponges étaient arrivés vers 1890 en provenance de l’île grecque de Kalymnos — Aghir, Lella Hadhria et El Kantara. La pêche djerbienne — sautades de mulets194 et pêche à la gargoulette (amphore) de poulpes — profite d’eaux parmi les plus poissonneuses de la mer Méditerranée.





Contrairement à celles des îles Kerkennah, les femmes djerbiennes ne participent pas à l’activité de pêche et ce même en l’absence du mari, la pêche étant pratiquée en majorité par les habitants ibadites de l’île, d’Ajim à Sedouikech. Une méthode de pêche assez particulière, la zriba ou charfia (pêcherie fixe)116, est très pratiquée sur l’île et il est commun de voir dans la mer, au nord et à l’ouest de l’île, des haies ou des cloisons de palmes enfoncées dans la vase des hauts fonds servant à arrêter le poisson et à le diriger vers les nasses. En 1938, 1 300 hommes (environ 10 % de la population mâle adulte) vivaient de la pêche en utilisant près de 600 barques (des loudes pour la plupart) et 130 pêcheries fixes. En 1964, le nombre de barques était descendu à environ 507 unités et celui des pêcheries fixes à 85, le nombre de pêcheurs étant de 1 274 personnes195 alors qu’en 1998, le nombre de pêcheurs atteint près de 2 470 personnes alors qu’il ne reste plus qu’une quinzaine de pêcheries fixes196 d’où une baisse considérable si l’on considère l’accroissement démographique durant cette période. Si environ 4 378 tonnes de poisson ont été commercialisées en 1981, cette vente est tombée à environ 3 000 tonnes en 1993197.


Les loudes à la blanche voilure grecque sont utilisées pour la pêche du poisson et les kamakis à voile latine de couleur rouge tirant sur l’orangé, la vergue fixée obliquement en son milieu à l’extrémité du mât unique et court, sont utilisées par les pêcheurs d’éponge198. Toutefois, des chalutiers ont fait leur apparition dans les hauts-fonds169.


En fait, compte tenu des ressources limitées de l’île, les hommes, et en particulier ceux de souche berbère, s’expatriaient pour faire du commerce en dehors de l’île, aussi bien en Tunisie qu’à l’étranger (surtout en France et en Algérie et en particulier à Constantine) alors que les femmes restaient sur l’île avec les enfants et les hommes âgés. Elles pratiquaient l’agriculture et l’artisanat mais jamais la pêche, activité réservée aux hommes et limitée à certains villages.


Afin d’assurer la sécurité des navires, plusieurs phares existent le long des côtes de l’île, dont le plus haut de l’île (mais aussi d’Afrique du Nord) grâce à sa tour de 54 mètres construite sur une formation rocheuse haute de 20 mètres199. Situé à Taguermess, sur la côte nord-est de l’île, il est construit sur une formation rocheuse côtière surplombant une sebkha alimentée en eau de mer lors de la marée haute. Ce phare date du XIXe siècle (vers 1885), son sémaphore est d’une portée de 32 miles marins199.


Un deuxième phare, le premier installé sur l’île, est celui de Borj Jilij, à la pointe nord-ouest de l’île, non loin de l’aéroport ; il est inauguré vers la fin du XVIe siècle à l’emplacement de l’ancien fortin dénommé par les Espagnols sous le nom de Tour de Valgarnera200. Un troisième phare se trouve à Aghir sur la côte sud-est. Il en existe plusieurs autres, dont ceux des ports d’Ajim et de Houmt Souk.
Artisanat

L’artisanat, en particulier le travail de la laine, du lavage au cardage, en passant par le filage et le tissage201, a depuis des générations joué un rôle primordial dans la vie économique et sociale de l’île et constitué une source de revenus importante pour les Djerbiens (hommes ou femmes). L’architecture des ateliers de tissage est typique sur l’île202 : ils sont semi-enterrés afin de préserver l’humidité ainsi qu’une certaine température et possèdent un fronton triangulaire. On comptait 428 ateliers et 2 524 tisserands en 1873, le nombre de tisserands tombant à environ 1 600 en 1955 et 1299 en 1963. À cela s’ajoutent les laveuses, cardeuses et fileuses de laine (en principe toujours des femmes) ainsi que les teinturiers, l’activité de teinture remontant à l’époque punique203.


La couverture djerbienne appelée farracha ou farrachia était célèbre et recherchée. L’activité de tissage des houlis en coton, laine ou soie naturelle ainsi que le tissage des kadrouns, k'baia, kachabia, wazras et burnous (habits en laine pour homme) joue également un rôle important. La poterie de Guellala remonte quant à elle au moins à l’époque romaine, ses produits étant principalement utilitaires mais pouvant aussi être décoratifs. Il est à noter que les potiers de Djerba n’ont plus le droit de vernir leur poterie à leur gré, une décision administrative centrale les obligeant à les garder brute. Parlant des potiers de Djerba, Georges Duhamel avait écrit dans les années 1920 :
« J'ai cherché des poètes. J'ai trouvé des potiers. Nul métier ne fait mieux penser à Dieu, à Dieu qui forma l’homme du limon de la terre [...] Sur tous les chemins de Djerba, entre les remblais sablonneux, crêtés de petits agaves pourpres, circulent des chameaux, portant un faix énorme et vain : la grosse grappe de jarres sonores204... »


La bijouterie (or et argent) reste aussi une activité lucrative importante. Les bijoutiers de Houmt Souk excellent ainsi dans l’ornement des bijoux en argent émaillé et dans la fabrication de bijoux comportant de l’or en filigrane205. La vannerie — le produit de base étant les jeunes feuilles de palmiers — était également une source de revenue importante, en particulier pour les personnes âgées. Aujourd’hui, les sacs, couffins (koffa) et chapeaux (appelés m’dhalla ou dhallala selon les villages) restent des articles vendus aussi bien aux habitants de l’île qu’aux touristes. Les artisans confectionnent également des cordages et des nasses de pêcheurs. La natterie (tissage du jonc) est également une activité pratiquée sur l’île, surtout dans la localité de Fatou, non loin de Houmt Souk. La broderie, pratiquée presque exclusivement par des femmes, et en particulier celle des habits traditionnels, fait vivre encore de nos jours un nombre important de familles.


L’artisanat a pris des formes diverses et a connu un essor considérable avec le développement du tourisme et en particulier la fabrication de tapis.


Djerba Rapports à l’environnement

 Il est intéressant de se pencher sur le rapport qu’avaient les Djerbiens avec leur environnement avant l’essor touristique et le revirement que vit l’île de nos jours.

Les centaines de milliers de palmiers de l’île représentent un élément très important pour les Djerbiens qui en utilisent toutes les parties163,164 : les palmes sont utilisées pour la vannerie165 et les barrières des pêcheries fixes166. La partie supérieure de celles-ci est aussi utilisée comme balai167. La partie dure des palmes vertes est utilisée pour fabriquer un jeu de société appelé sigue168. On utilise cette partie également pour la confection de brochettes pour les barbecues. Elle est également utilisée par les pêcheurs pour la confection des nasses169. Lorsqu’elles sont sèches, les palmes sont utilisées comme combustible, la partie supérieure, qui brûle rapidement, est utilisée pour faire partir le feu et la partie proche du tronc comme bois de combustion. Les palmes entières servent également à construire des enclos pour les animaux (z'riba) et des huttes qui servaient autrefois d’habitation pour les plus pauvres ou comme abris pour les cuisines externes54, les toilettes voir des khoss où les habitants se réunissaient170. Elles servent à présent pour construire des parasols sur les plages. Le tronc du palmier coupé en deux dans le sens de la longueur (sannour) sert pour la charpente du menzel et constituent la plupart des poutres des anciennes habitations ou ateliers de tissage56,51. Le tronc sert aussi pour certains instruments des vieux pressoirs à huile. Les régimes (qui portent les dattes), une fois débarrassés des fruits, sont utilisés comme balais pour les cours sablonneuses et les alentours du menzel. Ils sont également utilisés par les pêcheurs pour confectionner des cordages et enfiler le poisson vendu à la criée. Le cœur de palmier, appelé jammar, constitue un entremet et la sève (legmi) est bue fraîche le matin ou fermentée, comme vin de palme. Les dattes, dont l’île produit plusieurs variétés, sont consommées aussi bien fraîches que séchées. On en fait également des confitures, on les farcit de pâte d’amande et on les utilise pour farcir des gâteaux comme le makroud. Elles constituaient un élément fondamental dans le régime alimentaire des Djerbiens. Les habitants de confession juive les utilisent également pour la fabrication d’un alcool appelé boukha (qui se fait aussi à partir de figues)171. Les noyaux des dattes étaient concassés et utilisés dans l’alimentation des chameaux, ce qui justifie certainement le nom donné par les Berbères locaux au palmier : taghalett qui signifie « la précieuse »172.

La place qu’occupe l’olivier, connu à Djerba depuis des millénaires173, n’est pas moindre et des rites (berboura) sont encore célébrés autour de l’olivier aussi bien pendant les cérémonies de mariage que de circoncision144. Par ailleurs, lorsque les Djerbiens visitent les zaouïas, ils font souvent des offrandes d’huile d’olive. Tout comme pour le palmier, les Djerbiens font un usage multiple de toutes les parties de l’olivier : les fruits sont utilisés pour l’extraction de l’huile utilisée dans l’alimentation, la cosmétique (en particulier pour le soin des cheveux) ainsi que dans la pharmacologie traditionnelle. L’huile était aussi utilisée pour l’illumination (mosbah ou lampes à huile), pour allumer le feu (f'tilat zit ou mèche) et les huiles usagées ainsi que les déchets d’huile servaient pour la confection de savon artisanal174.

Traditions a Djerba


L’île connaît une multitude de costumes traditionnels et de bijoux typiques157. Durant longtemps, le métier de bijoutier était exercé exclusivement par les habitants juifs de l’île. Il existe également des chapeaux caractéristiques de certains villages (comme Guellala et Sedouikech)158, une musique typique longtemps exécutée par des musiciens et chanteurs en majorité noirs100, une gastronomie variant d’un village à l’autre, des accents divers voir des rites religieux différents. Jusqu’à récemment, les différents groupes ethniques et religieux ne se mariaient pas entre eux alors que les relations entre les différents groupes étaient affables. Le mariage endogame a été pendant des siècles le plus commun sur l’île et le reste toujours dans les campagnes122.

Chez certains Djerbiens de rite ibadite, la jeune fille qui jeûne durant le ramadan pour la première fois (en principe dès qu’elle devient pubère) est reçue à dîner par les parents et amis pendant tout le mois du ramadan et reçoit des cadeaux destinés à son trousseau de mariage (coupons de tissu, draps, etc.).

L’une des conditions du mariage musulman est le paiement d’une dot par le futur époux ou sa famille à la future épouse. Au Moyen-Orient, cette dot comprend deux parties : l’une payée au moment du mariage, appelée mokkadam, et l’autre appelée moakhar est la plus importante et payée en cas de divorce. En Tunisie, la dot est normalement payée en entier au moment du mariage et, à Djerba, elle sert pour préparer le trousseau de la mariée (linge et vêtements notamment). La dot est d’autant plus élevée que la jeune fille est jolie et issue d’une famille importante159. Après l’indépendance de la Tunisie en 1956, une grande campagne est menée pour réduire la dot à une somme symbolique et, au début des années 1960, des Djerbiennes se marient avec une dot symbolique d’un dinar.

Djerba connaît deux personnages traditionnels importants qui sont en général des hommes noirs. Le premier, tengam, vient réveiller les habitants pendant les nuits du ramadan pour prendre le dernier repas avant le début du jeûne. Il y a plusieurs tengam sur l’île, qui vont de maison en maison battre leur tbal et chanter goumou le s’hourkoum. Le quinzième jour de ce mois, les Djerbiens les attendent pour leur offrir des f'tair (larges beignets) et des zlabias. Le jour de l’Aïd el-Fitr, ils repassent pour recevoir de l’argent160. Quant au deuxième, appelé boussadia161, c’est un personnage typiquement africain portant masque, peaux d’animaux ornées de petits miroirs et de rubans multicolores, il passe de maison en maison, souvent accompagné d’un enfant habillé comme lui, pour chanter et danser au son de petites cymbales en fer de forme ovale. Ce spectacle constitue une distraction pour laquelle les gens lui offrent de l’argent

Art de vivre a Djerba

Mariages traditionnels
Djerba possède des traditions très variées134 dont plusieurs se maintiennent comme par exemple les mariages traditionnels qui se célèbrent sur plusieurs journées et comptent plusieurs cérémonies135
Généralités
Les distractions étant rares, les mariages qui se célèbrent surtout en été sont attendus, particulièrement chez les malékites pour lesquels il représente une occasion de défoulement, notamment pour les femmes. Chez les Djerbiens de rite ibadite, les mariages sont plutôt austères, souvent sans danse voire sans musique


Les cérémonies du mariage traditionnel sont nombreuses137. Dans la ville de Houmt Souk, la hejba est la première d’entre elles. À partir de ce jour, la future mariée cesse de sortir de chez elle pendant un certain temps (une semaine à un mois voire plus), en grande partie pour se protéger du soleil138, la peau blanche étant l’un des principaux critères de beauté à Djerba. Lors de cette cérémonie, la dot est payée au père de la mariée et servira principalement à l’achat du trousseau de celle-ci, y compris des couvertures en laine, de matelas, etc. Par ailleurs, plusieurs zaouïas sont visitées, où des bougies sont allumées. Mais c’est durant la semaine même du mariage que les cérémonies et les festivités se multiplient. Les familles des deux futurs époux organisent des festivités séparées et ce n’est qu’à l’aube du septième jour que ces familles se rencontrent pour fêter le dernier jour (traditionnellement un vendredi) ensemble. Les cérémonies pour femmes sont animées par des musiciennes et, en général, les hommes n’y accèdent pas. En revanche, les femmes, autrefois voilées en majorité, peuvent accéder aux soirées musicales organisées pour les hommes. En plus des musiciens locaux (autrefois en majorité noirs)97, les Djerbiens font appel aux musiciens des îles Kerkennah, dont le folklore est proche du leur139, et parfois à ceux de Ghomrassen (appelés toualeb).

Les invités apportent en cadeau des œufs frais140 et de l’argent aux mères des futurs époux. Note est prise de ces cadeaux — que l’on appelle hourem ou haouram — afin qu’au moins l’équivalent soit offert en retour.
Déroulement
À Houmt Souk, à l’occasion du premier des sept jours du mariage, les invitations (tahdhir) sont lancées par l’intermédiaire des haddharat habillées, maquillées et parées de bijoux ; les familles visitées leur offrent à manger ainsi que de l’argent. Ce même jour, la zammita141 du mariage est préparée au son de chants traditionnels et de youyous.
D’autres cérémonies suivent dont la henna sghira (quatrième jour du mariage) : des enfants de familles proches habillés en adultes (les fillettes maquillées et parées de bijoux traditionnels) sont reçus par les parents de la future mariée ; ils apportent une bague dissimulée dans du henné en feuilles qu’un petit garçon enfile dans l’annulaire de la mariée. Sa famille offre à ces enfants à manger, ainsi que des cadeaux et des œufs durs colorés. La soirée est dédiée à la tatrifa : après les chants et danses, une proche parente du futur époux applique du henné à la mariée, au rythme de chants traditionnels et de youyous et à la lumière de bougies tenues par de jeunes femmes récemment mariées (appelées saddarat), parées d’habits et bijoux traditionnels réservés aux mariées.

Le lendemain soir, la henna kbira a lieu chez le marié : un yahni142 est servi aux invités et des cadeaux envoyés à la mariée. Un couffin plein de produits de maquillage traditionnel (gouffat el henna), d’encens, des bijoux, un r'dé que la mariée portera pour la jeloua et un beskri143 sont amenés, en principe, à cheval par un homme adulte, de préférence noir, accompagné de proches parentes du marié. Le marié est habillé par ses amis à la lumière de bougies et au son de musique. Une cérémonie particulière à l’île (qui aurait des origines païennes), la berboura, a alors lieu : le marié, abrité par un beskri et accompagné par ses proches parentes et ses amis, rend une visite rituelle à un olivier d’où il détache un rameau avec lequel il frappe symboliquement ses amis célibataires144.

Croyances et légendes djerba


La superstition et ses mystères, comme les méfaits de l’envie et le mauvais œil, tiennent une grande place dans les croyances populaires123 et beaucoup ont longtemps existé sur l’île : les Djerbiens considéraient ainsi le mercredi comme une journée néfaste pendant laquelle il ne fallait rien entreprendre, pas même un mariage ou la visite d’un malade. Le chiffre cinq et ses multiples sont prononcés pour éloigner le mauvais sort ou les influences négatives, d’où l’usage de la khamsa ou main de Fatima124. Le septième jour est quant à lui célébré en cas de naissance ou de mariage et le quarantième jour en cas de naissance et de décès. Le poisson est considéré comme un porte-bonheur et éloigne le mauvais œil125 : il est représenté sur les bijoux124 et utilisé couramment dans la décoration des intérieurs, un petit bijou représentant un poisson est accroché presque systématiquement aux habits des nouveau-nés. Il existait aussi plusieurs journées dans l’année appelées moussem au cours desquelles on portait un repas de viande ou de poisson aux mosquées126 ou aux voisins les plus pauvres127.

Gastronomie a Djerba

Avant l’essor touristique, les Djerbiens cultivaient du blé, de l’orge, du sorgho114 et des lentilles qui constituaient la base de leur alimentation. Le couscous d’orge (malthoutha) au poisson ou à la viande séchée et conservée dans de l’huile d’olive (dhan)115 et les petits anchois séchés (ouzaf)116 sont des spécialités de l’île. La zammita114, une préparation à base d’orge grillé, de fenugrec et d’épices, est pour sa part consommée par les Djerbiens au petit déjeuner, au goûter voire en repas principal, accompagnée de légumes crus ou en salaison (oignons verts, navets, carottes ou poivrons) ou de fruits (raisins ou grenades117). Le sorgho est consommé en gâteaux, entremets (sahlab et bouza) ou bsissa.
 La gastronomie djerbienne plutôt frugale varie toutefois d’une localité à l’autre même si la cuisson à la vapeur qui aurait été préférée par les anciens Berbères y prédomine. Ainsi, pour le couscous djerbien, la semoule est-elle cuite à la vapeur ainsi que le poisson ou la viande et les légumes assaisonnés d’épices114.

 On utilise alors un couscoussier en terre cuite à deux étages, typique de l’île, appelé keskess bou rouhine. Le riz djerbien est également cuit à la vapeur : viande, foie et légumes sont émincés, assaisonnés et mélangés au riz légèrement trempé à l’avance, l’ensemble étant ensuite cuit à la vapeur. Plusieurs variétés de farines de céréales et de légumes secs (orge, sorgho, blé, lentilles, pois chiches, fenugrec, etc.) assaisonnées d’épices et d’herbes appelées bsissa sont préparées et conservées pour être consommées naturelles, salées ou sucrées avec de l’huile d’olive, des fruits ou légumes frais, des dattes ou des figues séchées.Les Djerbiens sont aussi friands de poissons, de poulpes (frais ou séchés118), de seiches et de calmars ; ces derniers farcis d’herbes permettent de préparer un plat de couscous ou de riz. Les ouzaf114,119 constituent un condiment de choix, en particulier dans la préparation du mchelouech bil ouzaf120 et du mesfouf djerbien (couscous peu arrosé de sauce, bien épicé et riche en herbes dont le yazoul ou gazoul)121 ou du s’der (soupe de semoule).

Le séchage de la viande est pratiqué sur toute l’île : la viande coupée en tranches fines (kadid) est assaisonnée de sel et enduite d’huile (afin d’en éloigner les mouches), séchée au soleil puis bouillie dans l’huile d’olive (m’selli), conservée (d’hane) et utilisée pour la préparation de plats typiques122. La glaia, viande cuite et conservée dans de la graisse de mouton et assaisonnée de curcuma, de sel et de poivre, peut également se conserver pendant un ou deux mois ; elle s’accommode notamment avec des tomates, poivrons et œufs et se mange avec du pain ou une bouillie épaisse de farine d’orge (bazine ou iche) ou de blé (assida).

La pâtisserie traditionnelle djerbienne est en revanche relativement pauvre. Les boissons typiques sont le legmi (sève de palmier qui se transforme en vin de palme dans la journée compte tenu d’une fermentation naturelle très rapide) et le l’ban (lait fermenté ou petit-lait). Le thé vert à la menthe ou le thé noir parfumé aux feuilles d’une variété de géranium (atr'cha) se boit bien sucré, aussi bien après qu’entre les repas.

Religion a Djerba

 C’est l’islam sunnite de rite malékite qui prédomine en Tunisie, bien qu’il existe une petite communauté pratiquant le rite sunnite hanéfite qui était suivi par la cour beylicale et certaines familles d’ascendance ottomane103. Tel n’est guère le cas à Djerba où une grande partie de la population pratique un rite kharijite non sunnite, schisme comparable au jansénisme. Les kharijites refusent aux hommes, même au calife, le droit d’interpréter les textes sacrés et préconisent un strict respect des textes, une vie sobre et une égalité parfaite entre tous les musulmans22 :
« Le kharijisme a subsisté dans deux communautés berbères au Mzab en Algérie et à Djerba, ils ne sont jamais entrés en lutte ouverte avec les orthodoxes qui les entourent104. »
 En fait, il existait à Djerba deux rites kharidjites : le rite ibadite, apparu en 654 et prêché par Abdullah ibn-Ibad at-Tamimi, présentant des analogies avec le rite hanéfite, et le rite dit wahhabite, un rite attribué à un musulman d’origine persane de la tribu des Beni Rostom, Ibn Rustom, et fondé vers 782. Cependant, ceux-ci sont aujourd’hui confondus, surtout que la plus grande partie des ibadites (appelés Nakkaras) s’est convertie au malékisme105. Il existe quelques différences dans le rituel de la prière entre ibadites et malékites106, ces derniers appelant les premiers ouheb ou kwames en référence aux quatre rites musulmans sunnites orthodoxes.

Les ibadites ayant résisté au pouvoir central du bey tenaient à affirmer leur autonomie en formant des alliances avec les ibadites de Tripolitaine et du sud de l’Algérie (Ghardaïa). Fréquemment, ils résistaient au paiement des impôts et se soulevaient. Ainsi, l’introduction du rite malékite sunnite sur l’île a été encouragée par le pouvoir à Tunis, d’abord dans la localité de Houmt Souk, au travers des érudits et des théologiens venant de l’extérieur de l’île comme Sidi Bouakkazine, Sidi Aloulou, Sidi Brahim El Jemni ou Sidi Abou Baker Ezzitouni92. Ceci pourrait expliquer l’existence d’un certain antagonisme entre habitants ibadites d’origine berbère et habitants de rite malékite107. À quelques kilomètres de Sedouikech, en direction d’El Kantara, se trouve l’une des mosquées souterraines de l’île, Jemaâ Louta (mosquée qui daterait du XIIe ou du XIIIe siècle)108, où les ibadites se réfugiaient pour pratiquer leur culte. Entourée d’une oliveraie, on y accède par un escalier très raide et étroit qui conduit dans la chambre principale. À côté de cette mosquée se trouve un grand réservoir qui alimente un puits également souterrain. Une autre de ces mosquées souterraines se trouve sur la route d’Ajim. Comme elles ne sont plus utilisées pour le culte, ces mosquées souterraines peuvent être visitées librement.
Les mosquées ibadites ont une architecture particulière106 et il n’est possible d’accéder au minaret qu’en passant par la salle de prière. Par ailleurs, plusieurs mosquées et zaouïas (Djerba en compte plus de 300) ont été construites le long des côtes de l’île comme Sidi Zaied, Sidi Smael, Sidi Mahrez, Sidi Yati, Lalla Hadhria, Sidi Garous, Sidi Jmour109, etc. Elles servaient de garde-côtes et permettaient de signaler l’arrivée d’amis ou d’ennemis, dont des pirates et corsaires, par un système de fumées destiné aux habitants de l’île qui allaient s’abriter du danger éventuel. Certaines mosquées étaient construites comme des petites forteresses (comme Jemaâ Fadhloun) et disposaient d’un four et de citernes d’eau, ce qui permettaient de résister quelque temps aux attaquants. Jemaâ El May, classée comme monument historique, est l’une des mosquées les mieux fortifiées de l’île110. En évoquant les mosquées de Djerba, Salah-Eddine Tlatli a dit que « les mosquées les plus modestes ont la candeur naïve et le charme d’un château de sable sorti d’un rêve d’enfant »110.

L’île abrite également une petite communauté juive qui comptait autrefois plusieurs dizaines de milliers d’individus spécialisés en majorité dans des métiers artisanaux (bijouterie, cordonnerie, couture, etc.) mais pratiquant également le commerce. Elle y vit depuis des siècles en bonne entente avec la majorité musulmane malgré le déclin démographique engendré par l’émigration vers Israël dès 1948 et vers la France après 1956 (date de l’indépendance de la Tunisie), 1961 (crise de Bizerte) et 1967. La synagogue de la Ghriba, située dans le village d’Er Riadh (Hara Sghira situé à neuf kilomètres au sud de Houmt Souk), est très ancienne et très célèbre. D’après les rabbins locaux, même s’il existe d’autres versions, « les Juifs arrivés sur l’île auraient apporté avec eux certains manuscrits des Tables de la Loi qu’ils auraient sauvé des ruines du Temple de Jérusalem détruit par Nabuchodonosor et même certaines pierres du Temple sur lesquelles ils auraient bâti le sanctuaire »111. Cette synagogue attire tous les ans, trois semaines après la Pâque juive, des pèlerins de partout mais surtout d’Europe et d’Afrique du Nord qui « transportent en procession sur leurs épaules, hors de la synagogue, les Tables de la Loi, sous un lourd baldaquin multicolore qu’ils promènent »111 aux alentours. Plusieurs autres petites synagogues se trouvent à la Hara Kbira, principal quartier juif de l’île situé à Houmt Souk.

Au début du XXe siècle, Djerba comptait, parmi une population d’environ 40 000 personnes, plusieurs centaines de catholiques français, italiens, grecs et maltais112. Ces derniers gagnaient leur vie, entre autres, comme artisans ou pêcheurs de poisson et d’éponges. L’église de culte catholique Saint-Joseph de Djerba, de style maltais, a été fondée en plein centre de Houmt Souk en 1848 ou 1849, par un prêtre de la mission Saint-Vincent de Paul aidé par l’évêque Gaetano Maria de Ferrare113 ; elle a été rouverte officiellement au culte et consacrée le 19 mars 2006. Il existe également une église grecque orthodoxe fondée vers 1890, dédiée à saint Nicolas, patron des pêcheurs, et située à proximité du port de Houmt Souk. Cette église fut construite à l’époque où une communauté grecque s’installa sur l’île ; elle était constituée principalement d’artisans et de pêcheurs, en particulier de pêcheurs d’éponges.

Festivals et événements a djerba


Djerba organise plusieurs festivals tout au long de l’année. Ils sont notamment destinés à faire découvrir les multiples facettes de la société djerbienne.

Le Festival international Djerba Ulysse (juillet-août)102 invite des musiciens et des groupes de théâtre et organise parallèlement des activités et des animations qui visent à valoriser et identifier le patrimoine local. Dans le même but, le Festival de la poterie de Guellala propose un programme culturel qui permet de faire découvrir la créativité des potiers du village de Guellala, situé dans le Sud de l’île.

Le Festival des musiques des îles du monde et du film insulaire accueille des groupes de musique venant de diverses îles à travers le monde pour présenter une variété de chants et de musiques insulaires. Des projections de films documentaires à caractère insulaire sont également au programme. Organisé par le comité culturel de Houmt Souk et la maison de la culture Férid-Ghazi, le Festival Farhat-Yamoun de théâtre et d’arts scéniques présente un programme de spectacles théâtraux.

Le Festival de plongée et de voile traditionnelle, qui se tient chaque été dans la ville d’Ajim, est un événement culturel et sportif faisant découvrir la méthode de plongée des pêcheurs d’éponges et organisant des courses de felouques, de même que des compétitions d’autres sports nautiques.

On peut mentionner également le Festival du film historique et mythologique (juillet-août), la régate de planche à voile (septembre) et le Festival des marionnettes (novembre)102.

Musique et danse a djerba

La musique djerbienne traditionnelle se base essentiellement sur les percussions avec la darbouka (petit instrument utilisé par les hommes et les femmes) et le tabl97 (grand tambour cylindrique lourd à porter, utilisé exclusivement par les hommes98) ainsi qu’un instrument à vent autrefois nommé ghita et de plus en plus appelé zoukra ou zurna, utilisé uniquement par les hommes. Les rythmes sont généralement lents et mélodieux ; l’un d’entre eux est la chala spécifique à l’île99. Le mezoued a été introduit sur l’île plus récemment, avec notamment les chanteurs Hbib Jbali et Mahfoudh Tanish.

Le chant à thème occupe une place de choix : les chansons racontent généralement une histoire romantique, le plus souvent triste et nostalgique ; les paroles sont parfois osées, surtout lorsqu’il s’agit d’histoires d’amour. Beaucoup de paroliers sont des femmes, ce qui pourrait s’expliquer par le fait que l’homme s’expatriait traditionnellement pour faire du commerce alors que la femme restait sur l’île, loin de son conjoint, pour s’occuper de la terre, des enfants et des personnes âgées.

Le rythme de la danse folklorique djerbienne est différent de celui de la plupart des autres danses folkloriques tunisiennes ; il est plutôt lent et l’on danse généralement les pieds à plat sur le sol alors qu’ailleurs en Tunisie le rythme est souvent rapide et l’on danse en demi-pointe. Le gougou, danse folklorique de la communauté noire de l’île d’origine d’Afrique subsaharienne depuis plusieurs générations100 et qui dispose de son propre patron (Sidi Sâad), est quant à lui une musique et une danse, effectuée avec des bâtons et accompagnée de chants et de tabl, commençant par un rythme lent qui s’accélère progressivement pour finir par des mouvements endiablés101.

Culture a Djerba

Musées
 Le musée des arts et traditions populaires de Houmt Souk est aménagé à la fin des années 1970 dans l’ancienne zaouïa de Sidi Zitouni91, un sanctuaire de style mauresque construit au XVIIIe siècle sous l’instruction du caïd de l’île Ben Ayed. Il abrite le cénotaphe du cheikh Abou Baker Ezzitouni, un savant théologien sunnite92. Ce musée permet de découvrir les richesses folkloriques de l’île : costumes de divers groupes sociaux, bijoux fabriqués par les artisans juifs, exemplaires du Coran ou encore ustensiles de cuisine. Le 17 décembre 2008, devenu musée du patrimoine traditionnel de Djerba, il a rouvert après des travaux d’extension et de réaménagement dans un ensemble comprenant, outre la zaouïa restaurée, un nouveau bâtiment de 2 000 m2 reprenant l’architecture traditionnelle de l’île91.

Le musée de Guellala, ouvert en 2001, expose également des collections sur le patrimoine djerbien. Avec plus de 4 000 m2 d’exposition, il offre une série de pavillons indépendants développant chacun un thème (fêtes, traditions et coutumes, artisanat, mythes et légendes, musique traditionnelle, mosaïques ou encore calligraphie arabe). Il reçoit environ 100 000 visiteurs par an dont 30 % de Tunisiens93.


Jemaâ Fadhloun, mosquée située à proximité de la route reliant Houmt Souk à Midoun et dont la fondation remonterait au XIe siècle, a été transformée en musée permettant au visiteur de découvrir comment les mosquées ont servi de refuge aux habitants lors d’attaques et de sièges et leur permettaient de se défendre et d’assurer leur survie. Selon Kamel Tmarzizet, « cette mosquée forteresse a une surface totale de 850 m2, dont une cour à ciel ouvert de 530 m2, deux entrées à l’est et au sud, plusieurs salles et des annexes, une école coranique, un moulin à grain, une boulangerie avec son four, un puits, une cuisine et plusieurs chambres, une grande salle de prière et un escalier qui mène au minaret » ; elle possède « de puissants murs adossés à l’extérieur par des contreforts massifs »94.


À proximité du phare de Taguermess, se trouve un parc à thèmes s’étendant sur douze hectares : Djerba Explore95. Il abrite un village traditionnel djerbien reconstitué, le Lella Hadhria Museum présentant quant à lui un panorama de l’art tunisien et du monde arabo-islamique, un circuit du patrimoine djerbien et la plus grande ferme aux crocodiles du bassin méditerranéen96.

Démographie Djerba


Les habitants de Djerba, les Djerbiens, sont en 2004 au nombre de 139 5171, répartis sur trois délégations qui correspondent à trois municipalités aux fonctions très différentes8 :
Djerba-Houmt Souk, la ville de Houmt Souk étant considérée comme la « capitale » de l’île avec 44 555 habitants (64 892 habitants pour l’ensemble de la municipalité) ;
Djerba-Midoun, la ville de Midoun qui constitue le centre le plus proche des activités touristiques compte 30 481 habitants (50 459 pour l’ensemble de la municipalité) ;
Djerba-Ajim, la ville d’Ajim, plus en retrait par rapport à la dynamique insulaire, compte 13 950 habitants (24 166 habitants pour l’ensemble de la municipalité).

Réseau de forteresses de Djerba


Héritage du Moyen Âge, des forts parsèment les côtes de Djerba, témoins de son passé mouvementé ; plusieurs de ces bâtiments de l’époque médiévale furent démantelés.

Le plus grand monument historique de l’île encore en état est le Borj El Kebir, appelé aussi Borj El Ghazi Mustapha ou Fort espagnol. Situé sur la côte au nord de Houmt Souk, sa construction sur les ruines de l’ancienne cité de Girba (actuelle Houmt Souk) a été ordonnée par le souverain hafside de Tunis pour abriter sa garnison vers 139266 puis agrandi aux environs de 1450. Le 11 mars 1560, à la suite d’une défaite, le cheikh Messaoud, placé à la tête de l’île, le remet au vice-roi de Sicile, Juan de la Cerda, qui ne le conserve pas longtemps : le fort est assiégé entre le 11 mai et le 29 juillet par le corsaire Dragut appuyé par Piyale Pacha, l’assaut faisant entre 5 000 et 6 000 morts. Le caïd Ghazi Mustapha Bey, installé par Dragut pour faire de l’île une base navale67, achève entre 1560 et 1567 les travaux entrepris par l’expédition de Juan de la Cer (appartements et petite mosquée notamment). Les autorités tunisiennes déclarent le fort monument historique le 15 mars 190468 ; il est restauré ensuite et transformé en musée67. Il abrite actuellement deux zaouïas : Sidi Saad et Ghazi Mustapha dédiée à Ghazi Mustapha Bey. Il s’agit de nos jours d’un château fort « de 68 mètres de longueur et 53 mètres de largeur, les murailles [sont] hautes d’environ 10 mètres et d’une épaisseur variant entre 1,20 à 1,50 mètre »69, autrefois muni de pont-levis et entouré d’un grand fossé.

Borj El Kastil ou El Gastil est l’un des rares forts de l’époque médiévale qui ait été partiellement épargné70 ; il s’agit d’une forteresse bâtie en 1210 (ou vers 1287 d’après Kamel Tmarzizet71) par le conquistador espagnol Roger de Lauria, l’amiral de Pierre III d'Aragon, roi de Sicile ; De Lauria occupe Djerba sous les ordres de Pierre d’Aragon en 1284 et y place une forte garnison. Le fort est restauré une première fois au XVe siècle par le sultan hafside, puis à nouveau au XVIe siècle par les Ottomans et au XVIIe siècle par Hammouda Pacha Bey72. Situé à l’est d’El Kantara, il a une forme carrée d’environ 30 mètres de côté et de 10 mètres de hauteur.

Une forteresse entourée par la mer entre Terbella et El Kantara, appelée Borj El Agrab73, dispose encore de fondations solides mais de dimensions plus modestes. Construite sur les traces d’un précédent fort74, sur un plan de forme circulaire découpé en trois petites pièces, elle a été restaurée et occupée pendant des décennies par les Siciliens et les Espagnols, en particulier le Catalan Ramon Muntaner74. Une légende l’entoure : elle aurait été construite par un prince djerbien, dont l’unique enfant élevé ici pour le protéger meurt à la suite de piqûres d’un scorpion dissimulé dans une corbeille de fruits75.

Il faut aussi citer Borj Jilij, construit par Ali Ier Pacha en 1745 et achevé par Hammouda Pacha en 1795, qui se situe à la pointe nord-ouest de l’île, non loin de l’aéroport et de Mellita. Il est restauré à plusieurs reprises et se trouve placé sous le contrôle de l’armée tunisienne76.

Il existe enfin d’autres forts, modifiés déjà sous le protectorat français puis par les autorités tunisiennes après l’indépendance : Borj Aghir, construit par les Ottomans au XVIIe siècle et transformé en bâtiment des douanes puis en maison de vacances pour les jeunes71, Borj El Kantara, construit sur les soubassements de l’un des plus anciens forts de l’île et plusieurs fois rebâti ; ce dernier, restauré au XVe siècle, est utilisé comme édifice des douanes sous le protectorat français puis par le ministère de l’Intérieur après avoir été agrandi77. Par ailleurs, il existe des traces plus réduites de plusieurs autres forts dont Borj K'sar Massoud, Borj El Wasat et Borj Marsa Ajim19.

Architecture de Djerba



L’héritage architectural de Djerba réside avant tout dans ses nombreuses mosquées (plus de 300 dont moins de la moitié encore en usage61), la dispersion de l’habitat étant à l’origine de la construction de nombre d’entre elles62.

Les couleurs dominantes des habitations djerbiennes sont le blanc vif pour les murs et les toits, le bleu ciel ou plus rarement le vert bouteille pour les portes et fenêtres. D’autres couleurs ont commencé à apparaître depuis l’installation d’habitants venant de l’extérieur de l’île (en majorité du sud et du centre-ouest de la Tunisie) et la construction de maisons « de prestige » par les Djerbiens immigrés63. Sur l’île, il est interdit de construire plus de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée et du sous-sol, ce qui a permis de préserver une certaine harmonie architecturale.

À Houmt Souk, il existe plusieurs funduqs à l’architecture particulière64 réunis dans l’ancien quartier maltais (compris entre la mosquée des Turcs, l’église catholique et l’actuelle rue de Bizerte) dont certains ont été transformés en petits hôtels ou auberges. Il existait des fondouks chrétiens à Djerba depuis le XIVe siècle65.

Djerba Architecture et urbanisme

Organisation de l’espace
Les Djerbiens, ayant eu à subir des attaques répétées venant de la mer tout au long de leur histoire, se sont éloignés des côtes et dispersés dans la campagne à l’intérieur de l’île45. Le bâti est donc, en général, isolé et dispersé ; il se structure selon une organisation hiérarchique de l’espace basée sur le menzel, terme signifiant « maison » en arabe littéral et décrivant les espaces résidentiels et fonctionnels dans lesquels vivent les familles. Celui-ci constitue la cellule de base de l’habitat fédéré autour de la mosquée


La campagne djerbienne frappe par son silence, souligné par plusieurs visiteurs célèbres, dont Simone de Beauvoir qui a déclaré que « c’est l’endroit le plus silencieux du monde »47.

Le développement du tourisme sur l’île dès les années 1960 a toutefois engendré une modification dans l’organisation traditionnelle de l’espace : ce phénomène semble avoir amoindri l’espace central de Djerba au profit d’une partie des côtes8. Beaucoup de champs ont été abandonnés : une enquête datée de 1963 estime déjà à 7 000 hectares la superficie des terres en friche sur un total de 39 000 hectares cultivables, soit près du cinquième du potentiel agricole ; les menzels abandonnés ou en ruines sont alors nombreux48. En effet, les jeunes préfèrent des activités moins pénibles et plus lucratives que l’agriculture49 et la main d’œuvre locale représente un coût que le rendement agricole ne justifie que dans de rares cas (en présence de nappes d’eau douce ou à basse salinité). Le centre reste donc marginalisé économiquement et à l’écart des principales voies de communication, même si plusieurs routes sont goudronnées au cours des années 1990 et si le phénomène n’est pas propre à Djerba. Néanmoins, cette partie centrale tend à être partiellement revalorisée par les habitants qui y construisent des résidences principales de type pavillonnaire8.

Histoire de Djerba

Antiquité

Dès l’Antiquité, les historiens mentionnent Djerba qu’ils identifient à la première île où, dans l’Odyssée, Homère fait échouer Ulysse et ses compagnons, égarés en mer de retour de la guerre de Troie (vers 1185 av. J.-C.)12 ; pour avoir goûté au lotos, « fruit doux comme le miel qui plonge tous ceux qui en dégustent dans les délices d’un bienheureux oubli qui efface tous les soucis de l’existence », Ulysse « que ce fruit miraculeux aurait plongé dans une heureuse amnésie »13, a peine à quitter l’île des Lotophages (mangeurs de lotos)14.

À l’orée de l’Histoire, le territoire de l’actuelle Tunisie est peuplé de Berbères au mode de vie néolithique15. Plusieurs spécialistes, dont Lucien Bertholon16 et Stéphane Gsell17, admettent l’existence de migrations entre la mer Égée et le golfe des Syrtes, où se trouve Djerba, au cours du IIe millénaire av. J.-C.. Avant même la fondation de Carthage, au IXe siècle av. J.-C., des Phéniciens de Tyr auraient implanté plusieurs comptoirs le long de la côte de la Libye et de la Tunisie actuelles jusqu’à Utique. Djerba en fit sans doute partie. Le Périple du Pseudo-Scylax, qui remonte approximativement au milieu du IVe siècle av. J.-C., donne sur l'île les indications les plus anciennes, exception faite de celles d’Homère :
« On y fait beaucoup d’huile, qu’on tire de l’olivier sauvage ; l’île produit d’ailleurs beaucoup de fruits, de blé, d’orge, la terre est fertile9. »

La tradition locale, dans sa version la plus courante, rapporte que les premiers Juifs se seraient installés à Djerba après la destruction par l’empereur Nabuchodonosor II, en 586 av. J.-C., du Temple de Salomon18, dont une porte aurait été incorporée dans la synagogue de la Ghriba.
 D’après Gsell, à l’époque, « Djerba dépendait certainement de Carthage ». Les Carthaginois fondent plusieurs comptoirs, le plus important étant Meninx, sur la côte sud-est de l’île, qu’ils transforment en haut lieu d’échanges du bassin méditerranéen, y aménageant des ports pour leurs embarcations et l’utilisant comme escale dans leurs parcours de la Méditerranée19. Outre la culture de l’olivier, l’île carthaginoise abrite plusieurs ateliers de poterie, plusieurs pêcheries, et développe la teinture de pourpre à base de murex, qui fait la renommée de l’île12. Important relais vers le continent africain, Djerba connaît ainsi plus d’un demi-millénaire de prospérité avec les Phéniciens.

Les premiers contacts de l’île avec les Romains ont lieu lors de la Première Guerre punique, au cours d’opérations que ceux-ci mènent contre Carthage. La première, véritable expédition navale commandée par Cnaeus Servilius Caepio et Caius Sempronius Blaesus, est envoyée à Djerba en 253 av. J.-C.20. Une deuxième, commandée par le consul Cnaeus Servilius Geminus, est lancée en 217 av. J.-C., durant la Deuxième Guerre punique, l’année même de la bataille du lac Trasimène disputée entre Carthaginois et Romains en Italie. Cependant, « ce n’est qu’en l’an 6 ap. J.–C., après la phase des protectorats sur les princes berbères, les reges inservientes, que débute la colonisation directe dans la zone syrtique »21. On sait que l’île compte alors deux villes : Meninx et Thoar.

Elle abrite par la suite trois centres urbains principaux. L’un d’entre eux, dont le nom moderne est Henchir Bourgou, a été découvert à proximité de Midoun, au centre de l’île : on y trouve les vestiges — appelés « Roches de Bourgou » — d’une grande ville datant du IVe siècle av. J.-C., marqués par la présence de poteries abondantes et d’un imposant mausolée appartenant probablement à un membre d’une famille royale numide. Un deuxième centre, sur la côte sud-est, est un site de production de colorants à base de murex, cité par Pline l’Ancien comme occupant le second rang dans ce domaine derrière la cité de Tyr : de substantielles quantités de marbre coloré découvertes sur place témoignent de sa richesse. Le troisième centre important, probablement l’ancienne Haribus, se trouve sur la côte méridionale à proximité du village de Guellala.

Géographie de Djerba

Site
L’île, qui dépend administrativement du gouvernorat de Médenine, est située par la route à environ 500 kilomètres de Tunis (contre environ 330 kilomètres à vol d’oiseau) et à plus de 100 kilomètres de Gabès. De part et d’autre, deux avancées du continent rapprochent Jorf d’Ajim à l’ouest et Zarzis d’El Kantara à l’est. Vers le large, l’extension de la plage de Mezraya (Sidi Mahrez) forme une presqu’île, Ras R'mal, qui est l’un des sites touristiques importants de l’île.

La superficie de l’île est voisine de 514 km2. Vue par image satellite, elle présente la forme d’une molaire géante avec ses trois racines : les péninsules d’Ajim, de Ras Terbella et de Bine El Oudiane6 ; sa plus grande longueur est de 29,5 kilomètres et sa plus grande largeur de 29 kilomètres7. Ses côtes, qui s’étendent sur 125 kilomètres, présentent un tracé très irrégulier. Les trois péninsules marquent les points les plus rapprochés du continent dont l’île est séparée par le canal d’Ajim, large de deux kilomètres8, et celui d’El Kantara, large de six kilomètres. Le canal d’Ajim accueille deux îlots appelés Elgataia Kbira et Elgataia Sghira.

Jadis rattachée au continent, Djerba s’apparente beaucoup par la régularité de sa topographie et de sa structure géologique au relief tabulaire qui marque le littoral méridional de la Tunisie7. L’île est plate, l’altitude moyenne y étant de 20 mètres et son point culminant, Dhahret Guellala, s’élevant dans sa partie méridionale à 53 mètres7. À ce niveau, l’île est traversée par un accident topographique majeur (15 mètres de dénivellation sur 15 kilomètres de long). La topographie en escalier alterne des secteurs élevés et d’autres en dépression dont la surface est modelée par une morphologie dunaire7. Le littoral est caractérisé pour sa part par des côtes basses, les plages, en grande majorité sablonneuses, s’étendant principalement entre Ras R'mal et Borj El Kastil. Gustave Flaubert nomme Djerba « Île aux Sables d’Or » à cause de leur sable fin et doré9. L’eau douce est rare et il n’existe aucun cours d’eau.

Djerba est entourée de hauts fonds — la bathymétrie à proximité de l’île est presque toujours inférieure à -10 m et l’isobathe de -5 m n’apparaît qu’au-delà d’une dizaine de kilomètres des côtes méridionale et septentrionale7 — toutefois perturbés au large de la côte méridionale par l’existence d’un certain nombre d’oueds (courants marins) qui sillonnent les canaux d’Ajim et d’El Kantara, les profondeurs dépassant à certains endroits les 20 mètres7.
Climat

Le climat de Djerba est de type méditerranéen mais à tendance semi-aride car il se trouve au carrefour des masses d’air méditerranéennes et sahariennes. La température annuelle moyenne y est de 19,8 °C, les moyennes mensuelles ne dépassant guère 30 °C ni ne descendant au-dessous de 8 °C7. En été, la moyenne maximale atteint 32,7 °C mais la chaleur se trouve atténuée par la brise marine, alors qu’en hiver, les moyennes mensuelles sont supérieures à 12 °C7. Emmanuel Grevin parle ainsi de « cinquième saison » à Djerba :
« À Sfax, l’hiver vous aura quittés ; à Gabès vous trouverez le printemps ; à Tozeur l’été ; et à Djerba vous découvrirez la cinquième saison. Mais oui Monsieur, la cinquième saison, ce climat spécial à l’île de Djerba, si étrange, fait de sécheresse extrême, de brise marine, de fraîcheur et de rosées nocturnes, de quelque chose de rationnel, de tempéré en tout10. »

Gustave Flaubert fait décrire à Mathó, dans le chapitre IX de son roman Salammbô, cette « île couverte de poudre d’or, de verdure et d’oiseaux, où les citronniers sont hauts comme des cèdres [...] où l’air est si doux qu’il empêche de mourir »11.

En ce qui concerne les précipitations, Djerba est la région la plus arrosée (248,8 millimètres) de toutes les régions au sud de Sfax, la moyenne des jours pluvieux atteignant quarante jours par an7. Plus de 60 % des précipitations se concentrent entre les mois de septembre et décembre avec un maximum en octobre (28 % du total annuel)7. Néanmoins, l’essentiel de la pluviométrie annuelle peut se répartir sur trois à quatre averses seulement7. La saison sèche débute en avril et l’été voit rarement la pluie tomber. L’humidité et la rosée nocturne sont deux facteurs vitaux pour la flore de l’île.

Suivant les saisons, Djerba connaît des vents dominants de directions différentes. De novembre à mars, ce sont les vents d’ouest qui dominent avant d’être remplacés de mars à la mi-juin par le sirocco, vent chaud s’accompagnant souvent de tourbillons de poussière7. Avec l’arrivée de l’été dominent les vents d’est, porteurs de fraîcheur.

Toponymie de djerba


Djerba est connue depuis l’Antiquité par la légende qui fait d’elle l’île des Lotophages décrite dans l’Odyssée d’Homère, ce qui lui vaut d’être souvent appelée Lotophagitis (du grec ancien Λωτοφαγῖτις ou Λωτοφάγων νῆσος). Selon l’historien et géographe Salah-Eddine Tlatli, jusqu’au IIIe siècle l’île a eu plusieurs noms : le Périple du Pseudo-Scylax la nomme Brachion (Βραχείων) ou « Île des hauts-fonds », Hérodote Phlâ, Polybe, Théophraste et tous les auteurs latins Meninx (Μῆνιγξ).

En ce qui concerne son nom actuel, Salah-Eddine Tlatli avance l’explication suivante :
« C’est vers la fin de la période romaine qu’on rencontre pour la première fois le nom de Gerba ou Girba, donné à une ville située sur l’emplacement actuel de Houmt Souk (capitale de l’île). Auparavant, au second siècle ap. J.-C., Ptolémée avait déjà mentionné le nom de Gerra, sans doute lapsus calami de Gerba. C’est en fait Aurelius Victor qui le premier parle de Girba lorsqu’il nous apprend que cette ville a eu l’honneur de donner le jour à deux empereurs romains. Jusque-là, l’île avait connu bien d’autres noms au cours de l’Antiquité5. »

Djerba présenter par wikipédia



Djerba, parfois orthographiée Jerba (arabe : جربة), est une île de 514 km2 (25 kilomètres sur 20 et 150 kilomètres de côtes) située dans le golfe de Gabès2 au sud-est de la Tunisie. C’est la plus grande île des côtes d’Afrique du Nord. Sa principale ville, Houmt Souk, compte à elle seule 44 555 habitants1.

Ulysse l’aurait traversée, les Carthaginois y ont fondé plusieurs comptoirs et, aux alentours de 587 av. J.-C., l’île aurait accueilli selon la légende des réfugiés juifs après la destruction du Temple de Jérusalem, même si leur existence n’est attestée qu’au XIe siècle. Les Romains y construisent plusieurs villes et y développent l’agriculture et des ports commerciaux. Par la suite vandale, byzantine puis arabe, Djerba est devenue depuis les années 1960 une destination touristique populaire. Il s’agit de l’une des dernières régions de Tunisie où une langue berbère est encore parlée3.

L’île est reliée au continent, d’une part par un bac assurant la traversée en une quinzaine de minutes entre Ajim au sud-ouest de l’île et Jorf et, d’autre part, par une voie de sept kilomètres reliant l’extrémité sud-est de l’île (localité d’El Kantara) à la péninsule de Zarzis. Cette dernière voie daterait de la fin du IIIe siècle av. J.-C.4 et fut restaurée à l’époque romaine.

Informations Générales sur Djerba

L'île de Djerba est l'une des destinations touristiques les plus connue de Tunisie .La légende dit que Djerba, située sur le Golfe de Gabès, est la terre légendaire des mangeurs de lotus. La rumeur prétend qu'Ulysse visita l'île pendant son voyage de l'Odyssée d'Homère et que son équipage fut si enchanté par l'endroit qu'il eut grande peine à les ramener à bord. Aujourd'hui c'est vous qui ne voudrez pas quitter cette charmante île couverte de palmiers et parsemée de maisons blanchies à la chaux.
De nos jours la grande partie de la population locale appartient à la secte sécessionniste Kharijite de l'Islam. Leur influence est visible dans le fait que Djerba possède 213 mosquées. L'île possède également de nombreux hôtels sur la plage et un parcours de golf. Les visiteurs peuvent s'essayer à de nombreux sports nautiques, explorer les sites islamiques ou aller faire des achats. Les artisans de Djerba produisent de fines céramiques, des tapis, de la bijouterie en argent et des parfums. L'île profite également d'un climat agréable. 



Superficie : 522 km² (5 x Paris)
Capitale : Houmt Souq
Population : 63 000 habitants
Langues : arabe, français et berbère
Religions  : L'islam est la religion officielle. On note une résurgence certaine de la pratique religieuse, mais la Tunisie demeure une société assez libérale. Djerba possède une communauté juive qui passe pour être l'une des plus anciennes du monde. L'installation des premiers juifs daterait de la fuite de la Palestine vers Babylone, au VIe siècle avant J.-C. Depuis la création de l'état d'Israël, la plupart d'entre eux ont émigré et seuls quelques centaines résident encore à Djerba.
Monnaie : la monnaie nationale est le Dinar tunisien. Les cartes Access, Mastercard, American Express, Diners Club, Visa ainsi que les chèques de voyages sont acceptés